Le Silence des autres
Espagne | 2019 | 01h35
Réalisation : Robert Bahar, Almudena Carracedo
1977. Deux ans après la mort de Franco, dans l’urgence de la transition démocratique, l’Espagne vote la loi d’amnistie générale qui libère les prisonniers politiques mais interdit également le jugement des crimes franquistes.
Les exactions commises sous la dictature et jusque dans les années 1980 (disparitions, exécutions sommaires, vols de bébés, torture) sont alors passées sous silence. 
Mais depuis quelques années, des citoyens espagnols, rescapés du franquisme, saisissent la justice à 10.000 kilomètres des crimes commis, en Argentine, pour rompre ce « pacte de l’oubli » et faire condamner les coupables.

Quarante ans après depuis la fin officielle de la dictature de Franco, le devoir de mémoire n'est toujours pas de mise et les victimes de l'une des dictatures les plus longues d'Europe (près de quarante ans!) sont toujours méprisés dans leur besoin élémentaire de faire le deuil des membres de leur famille disparus. Dans une approche qui n'est pas sans rappeler celle de Patricio Guzmán, les réalisateurs de ce film accompagne le travail de mémoire d'une société civile qui prend les devants de politiques conservateurs délétères, incapables de regarder le passé franquiste. En un même film, ce sont deux approches réussies de Patricio Guzmán qui sont mêlées ici : à la fois le combat de la justice internationale pour protéger les Droits de l'Homme (cf. Le Cas Pinochet) et de l'autre l'accompagnement des victimes de la dictature pour faire le deuil d'une époque traumatique (cf. Nostalgie de la lumière). S'il a fallu au Chili comme en Argentine passer par la justice espagnole notamment à travers le travail exemplaire du juge espagnol Baltasar Garzón, c'est au tour d'une juge argentine de mener son investigation contre les crimes commis sous la dictature espagnole. Et en Espagne contemporaine comme au Chili et en Argentine, on retrouve encore de fervents adorateurs des dictateurs passés : difficile dès lors pour faire avancer les consciences des citoyens sur leur propre mémoire commune ! Mais l'enjeu est de taille et le film documentaire réalisé de manière indépendante et avec un acharnement de plus de six années par Robert Bahar et Almudena Carracedo constitue à part entière un véritable jalon pour l'exercice du deuil en donnant à connaître de manière internationale l'histoire méconnue d'une dictature multidécennale que l'on n'a si peu identifié de la sorte car les dirigeants du monde entier, De Gaulle en France, comme Nixon, le pape catholique, l'ONU, etc. ont officialisé la bonne entente avec le régime de Franco ! Le film donne ainsi à entendre une mémoire méconnue en réalisant un véritable équilibre entre images d'archives, témoignages des survivants de la dictature, travail d'instruction de la juge et prises de vue de la contemporanéité de la dictature qui s'inscrit dans le paysage urbain à travers notamment des noms de rue.
Ce documentaire subtil, émouvant et invitant à une réflexion profonde sur la légitimité d'une royauté espagnole qui a reçu son pouvoir des mains d'un dictateur qui s'apprêtait à mourir, est promis à un véritable bouleversement des consciences.

Cédric Lépine, Médiapart
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